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Interview de Mélanie, ISG de Carignan

 

1/ Présentez-vous. Votre parcours ? Comment êtes-vous arrivée sur ce poste ?

Je m’appelle Mélanie BLAISE. Je suis Intervenante Sociale en Gendarmerie pour la compagnie de SEDAN, mon bureau se trouve sur la brigade de CARIGNAN. Je suis employée par la communauté de communes des Portes du Luxembourg.
J’interviens sur les 50 communes des Portes du Luxembourg et sur une partie des Crêtes Pré-Ardennaises (25 communes).

A la suite de l’obtention de mon baccalauréat général série Économique et Sociale, j’ai poursuivi mes études en BTS Économie Sociale et Familiale puis j’ai obtenu mon Diplôme d’État de Conseillère en Économie Sociale et Familiale en 2012.
J’ai tout d’abord exercé au sein de l’association POLYGONE en tant qu’accompagnatrice en Insertion pendant plusieurs années puis en tant que TISF (Technicienne d’Intervention Sociale et Familiale) pendant 2 ans et en tant qu’enseignante dans le domaine social au sein de groupe Scolaire Sainte Anne à Verdun.
C’est par hasard que j’ai découvert le métier d’Intervenante Sociale en consultant les offres d’emploi. Après quelques recherches, ce métier m’a fortement intéressé. J’ai donc postulé à cette annonce et je suis en poste depuis janvier 2020.

2/ En quelques mots, que représente le métier d’ISCG pour vous ?

Ce métier est « le maillon » des services des forces de l’ordre et des services sociaux. Je considère que nous (car nous sommes 6 sur le département) sommes le lien entre ces services qui étaient auparavant quasi inexistant. Désormais, l’intervention de la gendarmerie ne s’arrête plus au juridique mais va bien au-delà.

3/ Quelles sont vos missions ?

Ma mission principale est d’accueillir des personnes en situation de détresse sociale (physique et/ou téléphonique), de les orienter et de les conseiller.
Il faut savoir que plus de 50% des situations que je traite et qui me sont orientées par les gendarmes ne sont pas connues des services sociaux alors qu’elles relèvent de ce volet.
La prise en charge concerne les victimes, les situations hors champ pénal mais également les auteurs présumés.
Le but n’est pas de faire le même travail que les services et associations déjà existantes mais bien de les orienter vers ces dernières.

4/ Comment s’organise l’exercice de vos fonctions ? Dans quelles mesures votre parcours antérieur, qu’il soit personnel ou professionnel, a représenté un atout lors de la prise de poste et/ou la mise en œuvre de vos missions ?

Mon bureau est installé dans les locaux de la brigade de Gendarmerie de Carignan. Je suis bien intégrée et bien identifiée par les gendarmes.
J’interviens sur les autres brigades en fonction des demandes. Lorsque ce n’est pas possible (problème de mobilité, de santé…), je me déplace en lieu neutre ou à domicile. Les gendarmes me sollicitent par divers moyens (mail, échanges, téléphones) sur les situations qui relèvent du champ social.
Comme évoqué précédemment mon employeur est la Communauté de Communes des Portes du Luxembourg. Je suis mise à disposition de la gendarmerie.

L’atout de mes postes précédents est l’ouverture d’esprit. Mon parcours professionnel m’a permis de travailler auprès d’un public très variés ; adultes, groupes, enfants, détenus…
Chaque situation est différente et doit être traitée de la même manière (victimes et auteurs).
Il faut également aller à la rencontre des partenaires afin de les connaître et de répondre au mieux aux besoins de la personne.

5/ Quel type de public accueillez-vous ?

Sur ce poste, il n’y a pas de type de public précis. Les personnes sont toutes accueillies. Je suis là pour les écouter, leur apporter des conseils et les orienter vers les organismes compétents.
Il n’y a pas de différence dans l’accueil des victimes, des mis en cause ou celles ne relevant pas du champ juridique.
La perception des choses est propre à chaque individu. Pour exemple, une personne victime d’un cambriolage peut ne pas être affecté alors qu’une autre peut être émotionnellement et psychologiquement bouleversée. Dans ce cas pour la 1ère mon intervention ne sera pas nécessaire mais pour la seconde, je peux recevoir la victime afin de l’écouter et de l’orienter afin qu’elle puisse trouver une oreille et un soutien psychologique adapté à son traumatisme.

6/ Comment procédez-vous lorsque vous accueillez un bénéficiaire dans votre bureau ?

Il est essentiel de recevoir les bénéficiaires avec le sourire et par un « bonjour ».
A chaque rendez-vous, je ferme la porte de mon bureau afin de garder la confidentialité des entretiens. Je rappelle également que je ne suis pas gendarme et que je suis soumis au secret professionnel et que donc rien de ce qui a été dit ne sortira de ce bureau (sauf si danger bien évidemment).
L’entretien est basé sur l’écoute après j’oriente et présente les organismes.
Si la personne le souhaite, nous pouvons contacter les structures ensemble et je lui propose de l’accompagner au 1er rendez-vous afin de faire le lien et de la rassurer. Pour finir, je leur laisse mes coordonnées et leur propose de me recontacter si besoin pour cette même problématique ou pour une autre. Durant l’entretien, je prends très peu de notes afin que l’entretien reste ouvert.

7/ Depuis votre prise de poste, quelles sont les problématiques que vous avez massivement traitées ?
La plus grosse problématique concerne les violences conjugales, cela représente près 1/3 de mes dossiers.
Je reçois également beaucoup de couple en conflits par exemple, durant le 1er confinement et peu de temps après, j’ai rencontré beaucoup de couples qui n’avaient pas l’habitude de rester au domicile ensemble et qui se sont donc séparés.
J’accueille également un grand nombre de personnes où la séparation se passe mal notamment en ce qui concerne la garde des enfants, certains instrumentalisent leurs enfants pour atteindre l’autre.
Depuis plusieurs mois, je constate que je suis de plus en plus interpellée pour des situations de personnes âgées isolées.

8/ Qu’est-ce qui vous plaît dans ce métier ?

Ma journée n’est pas programmée de manière fixe, son organisation peut être chamboulée en fonction des interventions, des personnes qui se présentent à la brigade…
Je rencontre un public très varié ; dans une journée je peux recevoir une personne victime de violences, un adolescent en primo-délinquance, une personne qui rencontre une addiction…
En gros, je ne m’ennuie jamais !

9/ Selon vous, quelles sont les qualités requises pour ce poste ?

Pour moi, la prise de recul et la force mentale sont les qualités requises et nécessaires pour ce poste. Je suis là pour écouter les difficultés que rencontrent les personnes, certaines sont difficiles à entendre mais il le faut. L’empathie est également importante.
Régulièrement, nous faisons le point entre nous (ISG du département), cela nous permet d’échanger sur les situations qui peuvent être parfois lourdes.

10/ Quels sont les bénéfices d’un poste tel que l’ISCG au sein d’un maillage territorial d’acteurs sociaux ?

Il permet une meilleure prise en charge des personnes. Comme indiqué précédemment, notre poste permet d’accompagner des bénéficiaires dans la globalité puisque le volet judiciaire est traité par la gendarmerie et le volet social par l’ISCG.
L’ISCG apparaît comme « le maillon » entre service de l’ordre et services sociaux.

11/ Que souhaiteriez-vous améliorer afin de rendre le dispositif plus efficace/complet ?

A ce jour, nos postes ne sont pas pérennes. Nous sommes pour la plupart en CDD d’un an à trois ans de manière générale.
J’espère aussi que de nouveaux postes soient créés. Notre département est couvert à 100% sur la zone gendarmerie mais je travaille régulièrement avec un département limitrophe de mon territoire où il n’a pas d’ISG et donc je n’ai pas d’homologue pour échanger sur ces dossiers.

Merci à Mélanie pour ce partage d’expérience !

 
 

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